Mettons fin au commerce des crédits carbone par le groupe Danone dans les mangroves d’Aceh !
Signer avant le 30 mai 2026
Les Fonds Livelihoods SICAV-SIF, Verra, Ministère des Forêts de la République d’Indonésie
Mesdames, Messieurs,
Le projet de restauration des mangroves et de protection de la ceinture verte côtière sur la côte est de la province d'Aceh et du nord de Sumatra, en Indonésie, mené par le fonds d'investissement des Fonds Livelihoods et l'organisme de normalisation carbone Verra, est en cours depuis 2011.
Selon ses propres données, le projet aurait permis de restaurer plus de 5 000 hectares de forêts de mangroves dégradées, et il a déjà été validé et vérifié selon les normes « Climat, Communauté et Biodiversité » (CCB).
L'objectif déclaré du projet est d'améliorer la capacité écologique des écosystèmes de mangroves le long de la côte est du Nord-Sumatra afin de renforcer la séquestration du carbone, de réduire les risques de catastrophes naturelles et de consolider les moyens de subsistance locaux.
Ce projet de capture et de stockage du carbone (CSC) vise à générer 124 706,67 tonnes d'équivalent CO₂ (CO₂e) grâce à des initiatives visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).
Les Fonds Livelihoods SICAV-SIF a enregistré le projet sur la plateforme Verra le 6 avril 2020.
En octobre 2025, Verra a signé un accord avec le gouvernement indonésien afin d’accélérer l’intégration des projets locaux dans le marché mondial du carbone et d’assurer la conformité avec le système de certification SRN PPI de l’Indonésie. De ce fait, le projet est considéré comme l’une des initiatives les plus importantes de l’Indonésie en matière de carbone bleu.
Les répercussions sont toutefois graves : le projet menace l’existence même des peuples autochtones, ainsi que leur rôle essentiel dans la protection et la gestion autonome des forêts.
Les Fonds Livelihoods, basé à Paris, est un fonds d’investissement à impact social de type SICAV-SIF, conçu pour générer des rendements pour ses investisseurs à partir des réductions d’émissions de CO₂. De grandes entreprises y participent, parmi lesquelles Danone (membre fondateur et investisseur), L’Oréal, Mars Incorporated, Schneider Electric, Crédit Agricole, Michelin, Hermès, SAP, La Poste et Veolia.
Verra, basée à Washington D.C. (États-Unis), est une organisation internationale de certification carbone qui valide et certifie les projets climatiques. Sa norme CCB est présentée comme un cadre de certification destiné à garantir que les projets de gestion des terres réduisent les émissions de CO₂ tout en générant des effets positifs sur les communautés locales et la biodiversité.
Quels sont les effets négatifs de ce projet carbone ?
Les projets d’échange de quotas d’émission permettent aux grandes entreprises de continuer à nuire à l’environnement en achetant des crédits carbones, au lieu de procéder aux réductions directes des émissions qui sont réellement nécessaires.
Les systèmes d’échange de quotas d’émission, y compris ceux relevant de la norme VCS (Verified Carbon Standard) de Verra, ont souvent des conséquences négatives sur les plans écologique et social.
Parmi les effets à long terme, on peut citer :
• Risques de « greenwashing » et faible efficacité
De nombreux projets carbone, en particulier ceux qui reposent sur des mécanismes de compensation, ne réduisent pas réellement les émissions sur le long terme, mais se contentent de déplacer la charge des émissions. Certaines études montrent que les crédits issus de projets forestiers, tels que ceux du système Verra, sont souvent surévalués, de sorte que les émissions réelles restent supérieures aux réductions annoncées. Les échanges de quotas d’émission réalisés par les Fonds Livelihoods SICAV-SIF via Verra ont affaibli la gouvernance des forêts de mangroves en Indonésie.
• Menaces pesant sur les communautés autochtones et locales
Les projets forestiers sont souvent à l’origine de conflits fonciers avec les communautés autochtones. Les droits de ces communautés sur leurs terres et forêts traditionnelles sont fréquemment bafoués au profit de projets de « conservation » qui génèrent des crédits carbones pour des acteurs étrangers. Dans le cas présent, les droits forestiers des communautés autochtones de la côte est d’Aceh n’ont pas encore été officiellement reconnus. Parallèlement, certains groupes et institutions ont déjà morcelé les forêts de mangroves et commercialisent les crédits carbones qui en découlent. Le commerce de crédits carbone par les Fonds Livelihoods SICAV-SIF via Verra menace déjà l’existence des communautés autochtones et leur capacité à protéger et à utiliser les forêts selon leurs propres conditions.
• Commercialisation de la nature (accaparement des terres)
Le système d'échange de quotas d'émission transforme le rôle vital de la forêt en une marchandise négociable. Cela peut restreindre l'accès des communautés autochtones aux ressources forestières dont elles dépendent depuis toujours. Les opérations d'échange de quotas d'émission menées par les Fonds Livelihoods SICAV-SIF via Verra privent les communautés autochtones du droit de protéger, de gérer et d'utiliser les forêts de mangroves de manière autonome.
• De nouveaux problèmes environnementaux
Le système d'échange de quotas d'émission risque de détourner l'attention de la nécessité d'abandonner progressivement les combustibles fossiles. De plus, les projets locaux de réduction des émissions de carbone ne parviennent pas toujours à préserver le couvert forestier à long terme. Les opérations d'échange de quotas d'émission menées par les Fonds Livelihoods SICAV-SIF via Verra ont engendré de nouveaux problèmes environnementaux, sapant davantage le rôle et la responsabilité du groupe Danone en matière de réduction des émissions et de sortie des combustibles fossiles.
Revendications
Au vu des données et des faits exposés ci-dessus, l’Aceh Wetland Forum – une organisation à but non lucratif qui milite pour la protection, la gestion et l’exploitation des mangroves par les communautés autochtones et locales de la côte est d’Aceh – appelle le Livelihoods Fund SICAV-SIF, basé à Paris, et en particulier son membre fondateur, le groupe Danone, ainsi que l’organisation Verra, basée à Washington, D.C., à prendre les mesures suivantes :
Mettre fin au commerce des crédits carbone générés par les forêts de mangroves situées le long de la côte est d'Aceh, en particulier dans les districts d'Aceh Tamiang, de Kota Langsa et d'Aceh Timur.
Nous appelons le gouvernement indonésien, et en particulier le ministère des Forêts de la République d'Indonésie, à :
-
exclure la ceinture de mangroves qui longe la côte est d'Aceh de l'accord de reconnaissance mutuelle (ARM) conclu avec Verra ;
-
reclasser la zone de mangrove de 45 000 hectares en « zone de protection essentielle » (Kawasan Perlindungan Esensial) ou en « zone écosystémique essentielle » (Kawasan Ekosistem Esensial, KEE), car cette zone présente une grande valeur en termes de biodiversité et joue un rôle important dans la protection, la conservation et la gestion durable de la biodiversité ;
-
accorder des droits forestiers aux communautés autochtones des districts d'Aceh Tamiang, de Kota Langsa et d'Aceh Timur.
Pour la protection, la gestion durable et l’exploitation équitable des forêts de mangroves !
Cordialement,
Signataires- Aceh Satu Media, Indonésie
- Aceh Waste Platform, Indonésie
- Acehnesia, Indonésie
- AcehNet, Indonésie
- AMAN Tano Batak, Indonésie
- Apel green aceh, Indonésie
- ARA, Allemagne
- Auriga Nusantara, Indonésie
- AWF, Indonésie
- Balkan Centre for the Rights of Nature, Serbie
- Biofuelwatch, Royaume-Uni
- Centre d’Actions pour le Développement, République du Congo
- Coal Action Network, Royaume-Uni
- Colectivo Voces Ecológicas, Panama
- Dauerwaldstiftung in Pommern, Allemagne
- Earth Thrive, Royaume-Uni
- ECODEV, Cameroun
- FIAN Deutschland e.V., Allemagne
- FLIGHT: Protecting Indonesia’s Birds, Indonésie
- Forum Ökologie & Papier, Allemagne
- forum Penjaga Hutan dan Sungai Harimau Pining, Indonésie
- GRAIN, Espagne
- GREEN BOOTS, Suisse
- Indonesia for Global Justice (IGJ), Indonésie
- Inisiasi Masyarakat Adat (IMA), Indonésie
- Institut für Ökologie und Aktions-Ethnologie e.V., Allemagne
- JARINGAN ADVOKASI TAMBANG, Indonésie
- JATAM SULTENG, Indonésie
- JPIC Kalimantan, Indonésie
- JPIC SVD Ruteng, Indonésie
- Jumu’eha renda keruhu - Centro de Formação Saberes Ka’apor, Brésil
- JusticeMakers Bangladesh in France (JMBF), France
- Komunitas Meubumoe, Indonésie
- Korjuang, Indonésie
- Lembaga Teraju Indonesia, Indonésie
- LinkAR Borneo, Indonésie
- Not1More, Royaume-Uni
- Organisation pour la Protection de l’Environnement et des Droits Humains, République du Congo
- Partner Indonesia, Indonésie
- Penggiat Lingkungan, Indonésie
- Perkumpulan Hijau jambi, Indonésie
- Rede Cooperação Latina de Educação Comunitária com Pedagogias Próprias, Brésil
- Regenwald-Institut e.V., Allemagne
- Rettet den Regenwald, Allemagne
- Rettet den Regenwald - Schweiz, Suisse
- RIAO-RDC, République démocratique du Congo
- Save Our Borneo, Indonésie
- SDE (School of Democratic Economics), Indonésie
- Selamatkan Hutan Hujan, Indonésie
- Setara Jambi, Indonésie
- Stadtwaldfreunde Lübeck, Allemagne
- Stiftung Asienhaus, Allemagne
- Sumatera Environmental Initiative, Indonésie
- Tasha Research Institute Africa (TASHA), Ouganda
- The Coalition Against Mining in Aceh, Indonésie
- The Gaia Foundation, Royaume-Uni
- Tuxa ta pame - Conselho de Gestao Ka’apor, Brésil
- Unir en Haití, Haïti
- WALHI JAKARTA, Indonésie
- WALHI Nasional, Indonésie
- WALHI NTT, Indonésie
- WALHI Sumatera Utara, Indonésie
- Watch Indonesia!, Allemagne
- World Rainforest Movement, Uruguay
- Yayasan Insan Hutan Indonesia, Indonésie
- Yes to Life, No to Mining global solidarity network, Royaume-Uni